Non, les vaccins ne causent pas l’autisme. Déboulonnons ce mythe.
Vous avez probablement entendu parler du mythe selon lequel les vaccins causent l’autisme. Bien qu’il n’y en ait absolument aucune preuve, cela reste l’un des mythes les plus tenaces au sujet des vaccins. Mais d’où vient ce mythe? Qui en est l’auteur? Et enfin, pourquoi l’allégation selon laquelle les vaccins causeraient l’autisme est-elle totalement infondée? Nous répondons à ces questions dans la présente fiche d’information.
Note au sujet de l’autismeSelon sa définition clinique, l’autisme est « un trouble neurodéveloppemental permanent qui influence le mode de communication et d’interaction d’une personne avec autrui et avec le monde qui l’entoure » (Autisme Ontario, s.d.). Immunisation Canada affirme que la vie d’une personne autiste a la même valeur que toute autre. L’autisme n’est pas une maladie ou une affection qui doit être traitée ou guérie. Toutes les vies autistes comptent. |
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L’origine du mythe
Le mythe selon lequel les vaccins causent l’autisme remonte à une petite étude menée en 1998 par l’ex-médecin Andrew Wakefield, aujourd’hui décrédibilisé. L’étude portait sur 12 enfants vivant au Royaume-Uni qui présentaient des retards du développement et qui avaient aussi reçu le vaccin contre la rougeole, la rubéole et les oreillons (RRO). Huit de ces enfants avaient déjà un diagnostic d’autisme au moment de l’étude.
Wakefield et ses collègues ont publié les constats de leur étude dans The Lancet, une prestigieuse revue médicale, en alléguant que le RRO était lié à l’autisme. Mais le problème avec l’étude de Wakefield, c’est qu’elle était totalement frauduleuse.
Des données falsifiées et un article frauduleux
Après la publication de l’article de Wakefield, il est apparu que l’étude comportait de nombreux problèmes graves :
- Sur les 12 enfants ayant fait l’objet de l’étude, cinq avaient des antécédents déclarés de retard du développement avant de recevoir le RRO.
- Les données documentant les dates auxquelles les enfants auraient censément commencé à montrer des signes de modification de leur comportement ont été mal représentées dans l’étude pour soutenir faussement l’hypothèse de Wakefield
- Wakefield alléguait que les enfants avaient montré des signes de retard du développement ou des modifications de leur comportement six jours ou moins après avoir reçu le RRO. Ce n’était pas le cas. Parfois, il s’était écoulé des semaines ou des mois entre le début des modifications du comportement et la vaccination. Comme mentionné plus haut, cinq enfants montraient déjà des signes de retard du développement avant de recevoir le RRO. Wakefield a manipulé les données – abondamment.
- À la date où l’article a été écrit (et encore aujourd’hui), le RRO était administré aux enfants du Royaume-Uni vers le même âge que celui auquel beaucoup d’enfants reçoivent un diagnostic d’autisme.
- Comme ces périodes se chevauchent, il faut s’attendre à ce que certains enfants qui reçoivent le RRO reçoivent aussi par pure coïncidence un diagnostic d’autisme, Autrement dit, la corrélation n’équivaut pas à la causalité (voir la rubrique Corrélation et causalité : quelle est la différence? pour plus de détails). même s’il n’y a aucun lien entre ces événements.
Il a été révélé que Wakefield était payé par un avocat pour aider à établir un lien entre l’autisme et le RRO dans le but de poursuivre le fabricant du vaccin. Huit mois avant la publication de l’étude dans The Lancet, Wakefield avait aussi déposé un brevet pour son propre vaccin ciblant la rougeole, qu’il estimait « moins risqué » que le RRO. C’étaient là deux énormes conflits d’intérêts qui n’étaient pas divulgués dans l’article.
L’article a par la suite été rétracté. Il n’est donc plus reconnu comme étant probant. Qui plus est, Wakefield s’est fait retirer son autorisation d’exercer la médecine pour avoir utilisé des données falsifiées. Aucune autre étude correctement menée n’a jamais établi de lien entre le RRO et l’autisme.
Pour un aperçu plus détaillé des lacunes scientifiques de l’étude de Wakefield, visiter la page Web sur les vaccins et l’autisme de l’Hôpital pour enfants de Philadelphie.
Ceux et celles qui veulent se plonger dans l’histoire de l’article de 1998 et de ses conséquences peuvent lire cette série d’articles de Brian Deer parus dans la révue médicale The BMJ.
Corrélation et causalité : quelle est la différence?
Une corrélation est un simple lien entre deux variables. On parle de causalité lorsqu’un changement dans une variable influence directement l’autre variable.
Deux variables sont corrélées lorsqu’elles changent de façon semblable. Par exemple, si les ventes de crème glacée augmentent et que les coups de soleil augmentent aussi, nous pourrions dire qu’il y a une corrélation entre les ventes de crème glacée et les coups de soleil.
Mais est-ce que la crème glacée cause les coups de soleil? Bien sûr que non! Le lien observé entre les deux s’explique mieux lorsqu’on sait que, par temps chaud et ensoleillé, on a tendance à acheter plus de crème glacée. De surcroît, comme on a tendance à passer plus de temps dehors quand il fait beau et chaud, on risque davantage de brûler.
Comme on peut le voir dans cet exemple, c’est parce qu’ils sont plus exposés au soleil que plus de gens brûlent; ce n’est pas parce qu’ils mangent plus de crème glacée. Le simple fait que deux choses soient corrélées ne veut pas dire qu’une variable affecte l’autre. Quand deux choses sont corrélées, il peut arriver qu’elles aient aussi un lien de causalité, mais souvent, ce n’est pas le cas.
Pour plus de détails sur la différence entre la corrélation et la causalité, consulter la ressource Tactique de désinformation : Fausse causalité de La Science d’Abord.
La croissance du mythe
Bien qu’il ait été rétracté, l’article de Wakefield a causé des dommages durables.
Après la publication de l’article en 1998, les scientifiques du monde entier se sont empressés de mener des études semblables à plus grande échelle pour voir s’il était possible de reproduire les constats de Wakefield. Aucune autre étude de haute qualité n’a établi que les vaccins contre le RRO causent l’autisme. Il a cependant fallu plus d’un an après la parution de l’article de Wakefield pour que ces preuves soient publiées. Dans l’intérim, le mythe que les vaccins causent l’autisme a eu le temps de s’envenimer et de se propager à un auditoire mondial.
On comprend aisément que des parents cherchant la cause de l’autisme de leurs enfants se soient accrochés à l’idée que les vaccins étaient à blâmer. C’est pourquoi, quand les chercheurs ont enfin été en mesure de réfuter l’allégation visant le RRO, bien des gens s’étaient déjà fait une idée et croyaient que les vaccins et l’autisme étaient liés. Ces nouvelles preuves n’ont pas fait disparaître le mythe; on s’est plutôt mis à chercher d’autres façons d’expliquer comment les vaccins pouvaient causer l’autisme. Autrement dit, on a « déplacé les poteaux de but », et le mythe a grandi (pour plus de détails sur ce que cela implique, voir ce billet de La Science d’Abord).
La série de questions suivante a porté sur le thimérosal, un ingrédient des vaccins. Le thimérosal est un agent de conservation qui contient un type de mercure dont l’organisme se débarrasse rapidement. Les agents de conservation sont ajoutés aux vaccins pour empêcher la prolifération de champignons et de bactéries quand le flacon a été percé ou ouvert. Ici encore, les scientifiques ont mené de vastes études, et les données probantes ont été claires : le thimérosal dans les vaccins ne cause pas l’autisme. Les poteaux de but ont été déplacés une fois de plus; la question était maintenant de savoir si le nombre de vaccins administrés aux enfants vers le même âge pouvait causer l’autisme. Cette opinion a elle aussi été réfutée par les chercheurs. Les poteaux de but ont été déplacés une nouvelle fois, et elles continuent de l’être chaque fois qu’il y a des appels à mener de nouvelles études pour découvrir un lien entre les vaccins et l’autisme. Pendant tout ce temps, on n’a jamais trouvé aucune preuve que les vaccins causent l’autisme.
Où nous en sommes aujourd’hui : une hypothèse infalsifiable
À première vue, le fait de continuer de chercher des preuves d’un lien entre les vaccins et l’autisme peut sembler une bonne pratique scientifique. Ne devrait-on pas examiner toutes les possibilités? Vous avez même peut-être entendu dire que l’énoncé « les vaccins ne causent pas l’autisme » n’est pas valide, car les études n’ont pas écarté cette possibilité. Plutôt que d’agir selon les bonnes pratiques scientifiques toutefois, nous sommes en fait aux prises avec ce qu’on appelle une hypothèse infalsifiable.
Une hypothèse infalsifiable est impossible à démentir
Pour comprendre ce qu’est une hypothèse infalsifiable, il faut d’abord savoir ce qu’est une hypothèse.
Une hypothèse est une question qui peut être vérifiée (testée) pour expliquer le monde qui nous entoure. Les hypothèses doivent être vérifiables et falsifiables, ce qui veut dire que nous devons pouvoir établir au moyen d’un test si elles sont correctes ou incorrectes. Quand une hypothèse est étudiée, le résultat est généralement soit :
- l’appui de l’hypothèse ou
- son rejet (l’hypothèse est incorrecte).
Le problème avec les hypothèses infalsifiables, c’est que l’on ne peut pas les tester pour voir si elles sont erronées. Il est donc impossible de les démentir (les résultats d’une étude ne rejetteront ni n’appuieront jamais une telle hypothèse).
Prenons l’exemple d’une autre hypothèse infalsifiable : l’allégation que les fées existent. Cette hypothèse est impossible à démentir, car peu importe le nombre de données accumulées, les scientifiques ne pourront jamais prouver que les fées n’existent pas. Les gens peuvent expliquer toute preuve contraire en disant, par exemple, « Eh bien, les fées peuvent se rendre invisibles. C’est pour ça que vous n’arrivez pas à en trouver! » ou « Les fées sont futées et savent se cacher des humains. Il faut améliorer nos méthodes de détection! ». Cette façon de présenter les choses fait en sorte que l’allégation selon laquelle « les fées existent » a la vie dure, car les preuves du contraire ne sont jamais acceptées. L’hypothèse est infalsifiable.
Pour un aperçu plus détaillé de ce qu’est une hypothèse infalsifiable, voir ce billet de Dre Kristen Panthagani.
En quoi le mythe que « les vaccins causent l’autisme » est-il une hypothèse infalsifiable?
Revenons à l’exemple des fées. Dans cet exemple, nous pouvons voir que malgré l’absence de preuve de l’existence des fées, le mythe persiste. C’est parce que certains prétendent qu’il n’y a aucune preuve qu’elles n’existent pas. C’est la même réflexion et la même façon de présenter les choses que pour l’allégation selon laquelle les vaccins causent l’autisme.
Aucune étude de haute qualité n’a jamais établi que les vaccins causent l’autisme, et pourtant la rumeur en ce sens est encore répandue. Peu importe le nombre d’études menées ou de données probantes accumulées, il est impossible d’infirmer ce mythe, car l’idée que « les vaccins causent l’autisme; nous n’avons tout simplement pas encore découvert comment » est trop répandue. Quand les études ne réussissent pas à établir un lien, on continue de déplacer les poteaux de but en essayant de trouver une autre explication du mécanisme par lequel les vaccins pourraient causer l’autisme, malgré la masse de preuves convaincantes du contraire. Ce n’est pas une bonne pratique scientifique. La science ne peut pas aborder toutes les possibilités relatives à un sujet, car nous ne serions jamais à court de questions possibles à tester. La croyance que les vaccins causent l’autisme est devenue un mythe qui ne peut pas mourir.
Pour comprendre à l’aide d’un autre exemple pourquoi l’allégation selon laquelle les vaccins causent l’autisme est une hypothèse infalsifiable, voir le billet de Dre Kristen Panthagani intitulé « Les chiens causent-ils l’autisme? ».
Regard vers l’avenir
Le mythe que les vaccins causent l’autisme perdure depuis des décennies, et il a convaincu une foule de gens de ne pas se faire vacciner, ni eux, ni leurs enfants. Mais il importe de nous rappeler que ce n’est qu’un mythe. Il n’y a aucune preuve que les vaccins causent l’autisme.
Les vaccins sont le meilleur moyen de nous protéger – et de protéger nos proches – contre les maladies évitables. Demandez à votre médecin, votre infirmière ou infirmier, votre pharmacien ou pharmacienne ou votre service de santé publique local quels sont les vaccins dont vous avez besoin, vous et votre famille.
Pour plus de détails
- Pour découvrir l’histoire de l’article frauduleux de 1998 d’Andrew Wakefield et de ses conséquences, voir cette série d’articles de Brian Deer parus dans la revue médicale The BMJ.
- Pour plus d’informations sur les recherches les plus récentes sur l’autisme, visiter la page Web Vaccines and Autism de l’Hôpital pour enfants de Philadelphie.
- Pour savoir comment repérer les informations fausses et trompeuses, voir les billets L’appel à Galilée et Le picorage de La Science d’Abord, qui portent sur les tactiques de désinformation.
- Pour en savoir plus sur les ingrédients des vaccins approuvés pour utilisation au Canada, voir notre fiche d’information sur les ingrédients vaccinaux
References:
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Autisme Ontario. (s.d.). À propos de l’autisme. https://www.autismontario.com/fr/propos-de-lautisme
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